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Facture étrangère sans TVA : quand faut-il payer la TVA en Suisse (impôt sur les acquisitions)?

Facture étrangère sans TVA : quand faut-il payer la TVA en Suisse (impôt sur les acquisitions)?

Introduction

De plus en plus d’indépendants et de petites entreprises suisses utilisent des services étrangers : outils SaaS, plateformes en ligne, abonnements facturés en euros ou en dollars.
En regardant les factures, une situation revient souvent : aucune TVA n’apparaît.

C’est là que les questions commencent :
Faut-il payer la TVA soi-même ?
Est-ce normal si aucune TVA n’est facturée ?
Que se passe-t-il quand on n’est pas assujetti à la TVA ?

La réponse existe, elle est claire dans le droit suisse, mais elle est rarement expliquée simplement.
Cet article a pour objectif de mettre fin à la confusion, sans jargon inutile.

 

1. Le point clé à comprendre dès le départ

👉 Une facture étrangère sans TVA ne signifie pas automatiquement “pas de TVA du tout”.

En Suisse, ce qui compte n’est pas la devise ni le pays du fournisseur, mais :

  • Le type de service acheté,

  • Le statut TVA du fournisseur étranger,

  • Et le statut TVA de l’entreprise suisse.

C’est de cette combinaison que dépend l’obligation — ou non — de payer la TVA suisse.

 

2. Qu’est-ce que l’impôt sur les acquisitions ?

L’impôt sur les acquisitions est un mécanisme de TVA prévu par la loi suisse.

Il s’applique lorsque :

  • Une entreprise suisse achète un service,

  • À un fournisseur étranger,

  • Qui ne facture pas la TVA suisse,

  • Et que le service est utilisé en Suisse.

Dans ce cas, la TVA suisse n’est pas facturée par le prestataire.
Elle doit être calculée et payée par l’entreprise suisse elle-même.

Ce mécanisme est aussi appelé autoliquidation.

 

3. Autoliquidation : définition simple

L’autoliquidation signifie que :

  • Le fournisseur étranger ne facture pas de TVA suisse,

  • L’entreprise suisse calcule elle-même la TVA due,

  • Et la déclare directement à l’Administration fédérale des contributions (AFC).

Ce système existe pour éviter qu’un prestataire étranger soit fiscalement avantagé par rapport à un prestataire suisse.

 

4. Cas n°1 : entreprise suisse non assujettie à la TVA

C’est la situation de nombreux indépendants et petites structures.

La règle est très claire

👉 Une entreprise non assujettie à la TVA ne doit payer l’impôt sur les acquisitions que si elle dépasse CHF 10’000.– par an
en services achetés à l’étranger sans TVA suisse.

En dessous de CHF 10’000.– par an

  • Aucune TVA à payer,

  • Aucune déclaration,

  • Aucune annonce à l’AFC.

La facture étrangère reste une charge normale.

Au-dessus de CHF 10’000.– par an

  • L’entreprise doit s’annoncer à l’AFC,

  • Calculer la TVA suisse sur les services concernés,

  • Payer cette TVA.

⚠️ Cette TVA devient un coût définitif, sans droit à récupération.

 

5. Cas n°2 : entreprise suisse assujettie à la TVA

Pour une entreprise assujettie à la TVA, la logique est différente.

👉 Il n’existe aucun seuil de CHF 10’000.–.

Dès le premier franc de service étranger sans TVA suisse :

  • L’autoliquidation s’applique,

  • La TVA suisse doit être calculée,

  • Elle est déclarée dans la déclaration TVA.

Dans la majorité des cas, la TVA est à la fois due et déductible, ce qui rend l’impact financier neutre, mais la déclaration reste obligatoire.

 

6. Et si la facture étrangère contient déjà de la TVA suisse ?

Certaines entreprises étrangères sont immatriculées à la TVA suisse.
Elles facturent donc directement la TVA suisse, même si elles sont basées à l’étranger.

Dans ce cas :

  • Aucune autoliquidation ne s’applique,

  • La TVA est déjà collectée par le fournisseur.

Pour l’entreprise suisse :

  • Non assujettie → la TVA est un coût,

  • Assujettie → la TVA est déductible.

 

7. Ce qui ne change jamais : la devise de la facture

Que la facture soit en EUR ou en USD ne modifie pas la règle TVA.

En pratique :

  • La comptabilisation se fait en CHF;

  • Sur la base du montant débité sur l’extrait bancaire;

  • Les frais de change sont enregistrés séparément comme charges financières.

 

8. Résumé clair à retenir

  • Facture étrangère avec TVA suisse → rien à faire côté TVA.

  • Facture étrangère sans TVA → vérifier le mécanisme de l’impôt sur les acquisitions.

  • Entreprise non assujettie → obligation uniquement au-delà de CHF 10’000.– par an.

  • Entreprise assujettie → autoliquidation dès le premier franc.

 

9. Conclusion

Les factures étrangères sans TVA sont courantes et parfaitement normales.
La difficulté ne vient pas de la TVA elle-même, mais d’une mauvaise compréhension de l’impôt sur les acquisitions.

Une fois les règles claires — statut du fournisseur, statut de l’entreprise suisse et seuil applicable — la gestion devient simple, prévisible et sans stress.

Comprendre ce mécanisme permet d’éviter les erreurs, les oublis et les mauvaises surprises, tout en restant parfaitement conforme aux règles suisses.

 

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